Encore un coin dans les théories de nos "pédagogistes"...

Publié le par Patrice HUIBAN

Le Figaro, le 25-11-2010.

Pourquoi les enfants n'aiment pas l'école


Le neuroscientifique Daniel T. Willingham a démontré que les exercices répétitifs sont nécessaires au développement de la réflexion, dès le plus jeune âge. 

Un spécialiste américain du cerveau explique que l'acquisition de la culture générale est la clé de la réussite scolaire. 

«L'imagination est plus importante que le savoir.» La phrase a beau être signée Albert Einstein, nous sentons confusément qu'elle relève de ces gentilles lubies de génies incapables de comprendre ce qu'ils doivent à une école, certes rigide, mais qui les a faits ce qu'ils sont. Mais Daniel T. Willingham, qui cite ces mots au début d'un des chapitres de son livre, Pourquoi les enfants n'aiment pas l'école (La Librairie des écoles, traduit de l'anglais), ne se contente pas de signifier sa réticence à l'énoncé du physicien allemand. L'homme est professeur en psychologie cognitive à Harvard, spécialiste du fonctionnement du cerveau, et tout l'objet de son ouvrage est justement de démontrer, à partir de données scientifiques sur les rouages de la mémoire et de la réflexion, combien l'absence de connaissances interdit toute imagination, et tout apprentissage de compétences.

Pourquoi, diable, retenons-nous mieux un texte consacré à un sujet dont nous maîtrisons quelques notions, alors que toute donnée sur un domaine nouveau s'efface inexorablement de notre mémoire? C'est à partir de ce genre d'interrogation simple, comme à partir d'exemples concrets, que Daniel Willigham construit son raisonnement. Est-ce une question de motivation, comme l'affirment nombre de pédagogues, en France ou, avant eux, aux États-Unis? Absolument pas, répond le neuroscientifique, puisque des gens à qui l'on inculque les bases sur un sujet, le football ou les circuits électroniques, auquel ils ne connaissaient rien et qui donc ne les intéressait pas, retiennent mieux de nouvelles données que ceux qui n'ont pas reçu cette formation préalable.

La réponse relève du bon sens, mais elle a plus de force encore quand elle s'appuie sur des études précises: ce n'est pas la «motivation», la «proximité avec le sujet» qui détermine notre capacité à engranger des informations et à les comprendre, mais notre culture générale. Pas de compétences sans un savoir préalable. Apprendre à apprendre ne sert à rien sans un minimum de contenu. Pire, le psychologue démontre combien toute carence de culture générale creuse immédiatement les inégalités, puisque seul le riche s'enrichit: plus on possède de connaissances, et plus on est capable d'en accumuler rapidement. D'où, explique-t-il, cette chute de niveau que l'on observe en CM1 chez les élèves de milieu défavorisé pourtant capables de déchiffrer des textes, mais incapables d'en saisir les non-dits et les références implicites.

Dans un langage simple, et par de petits exercices de réflexion, Willingham fait comprendre à son lecteur le processus qui fait que le cerveau puise dans la «mémoire de long terme» les informations qui lui permettront de résoudre un problème dont les différentes données viennent de présenter à lui et solliciter sa «mémoire de travail», lieu de la réflexion.

Faciliter l'apprentissage 

La mémoire de travail, vite saturée, a besoin de se référer à ce qui est connu, à ce qui est stocké dans la mémoire de long terme. Conclusion, il faut nourrir la mémoire de long terme, et pour ce faire, s'exercer pour «automatiser le processus qui permet de faire glisser les informations vers notre mémoire de travail». Bref, pratiquer ces exercices systématiques que les «résistants» aux nouveaux programmes du primaire jugent abêtissants et indignes.

De ce genre de constat, Daniel Willingham tire quelques conseils aux professeurs sur la façon dont ils doivent construire leur pédagogie pour faciliter l'apprentissage chez leurs élèves. Il cite en exemple ce professeur qui, pour faire comprendre à ses élèves la condition des esclaves noirs américains, aidés dans leur fuite vers le nord par quelques abolitionnistes, mais obligés de se nourrir de biscuits, leur faisait fabriquer lesdits biscuits à base de farine et d'eau. On ne retient que ce à quoi l'on réfléchit, nous dit Willingham, et ces élèves ne se souviendront que de leur recette de cuisine. Le meilleur démenti aux Itinéraires de découvertes et autres Travaux personnels encadrés vantés par les tenants de l'école ludique.

 

Cette étude conforte les préconisations de l'Elan et plus particulièrement :

-la nécessité de faire effort sur le primaire car c'est là que l'essentiel se joue si on veut que notre jeunesse choississe au maximum son destin et non le subisse totalement (la méritocratie, l'affranchissement du déterminisme social) ;

-la nécessité de réintroduire résolument le "par coeur" au primaire car les enfants sont des pages blanches où il faut imprimer les lignes à suivre, les marges à ne pas dépasser et un terreau solide de connaissances "brutes". Il est illusoire de penser faire réfléchir nos jeunes à partir de concepts vagues. Il faut une large base de culture générale pour pouvoir mener des réflexions sérieuses dans le secondaire puis le supérieur. A force de pédagogies du type "hypothético-déductive" / "il faut apprendre à apprendre" dès le plus jeune âge, on a créé des coquilles vides incapables de prendre du recul sur eux-mêmes, leur société et le monde. La formation du citoyen est donc également menacée.

 

Cette étude scientifique ne fait qu'appuyer un ressenti empirique. Le général de Gaulle affirmait déjà que "la culture générale est la véritable école de commandement"...

 

Patrice HUIBAN.

 

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