Le primaire : là où presque tout se joue.

Publié le par Patrice HUIBAN

    Le Figaro, le 15-09-2010

  Le succès au bac se joue dès le primaire

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     Des élèves de terminale travaillent, le 18 juin 2009 au lycée Chaptal à Paris, lors de l'épreuve de   philosophie du baccalauréat. Crédits photo : AFP

 

Une étude du ministère compare le parcours de deux générations d'élèves entrés en sixième en 1989 et en 1995. 

 

La dernière note statistique émanant du ministère de l'Éducation nationale risque fort de donner du grain à moudre à ceux qui ne cessent de dénoncer son inefficacité. Selon une étude de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) comparant le parcours de deux générations d'élèves entrés en sixième, les uns en 1989, les autres en 1995, les chances d'obtenir le bac restent plus que jamais liées au niveau acquis dès l'école primaire, au retard scolaire et à l'origine sociale.

En clair, l'institution n'est guère performante lorsqu'il s'agit de combler les retards des plus faibles : seul un quart des élèves ayant redoublé une fois dans l'enseignement primaire obtiennent le bac. Mieux, obtenir un bac scientifique, dès lors que l'élève a redoublé, ne serait-ce qu'une seule fois, au cours de sa scolarité primaire, constitue un événement rarissime. Seul 1 % des élèves du panel 1995 y sont parvenus !

Autre enseignement peu réjouissant à l'heure de la montée en flèche des divorces dans la société française : les élèves vivant en famille monoparentale ou recomposée ont moins de chances de devenir bacheliers que ceux qui vivent avec leurs deux parents. Seulement 51 % des premiers le deviennent contre 67 % des seconds. Le désavantage persiste si on prend en compte le niveau à l'entrée en sixième ou l'origine sociale. Cette moindre réussite est plus prononcée pour les enfants qui vivent dans une famille recomposée que pour ceux qui appartiennent à une famille monoparentale.

Enfin, l'étude met à mal le mythe de l'égalité des chances. «Les écarts de réussite entre élèves originaires de milieux sociaux différents ont plutôt tendance à s'aggraver», souligne la note. Un élève dont le père est enseignant a ainsi quatorze fois plus de chances d'obtenir le bac que celui dont le père est ouvrier non qualifié dans le panel 1995, contre neuf fois dans le panel 1989.

Disparités renforcées par l'orientation 

Pour la plupart des groupes sociaux, l'accès au bac progresse néanmoins. La proportion de bacheliers (63 %) a en effet augmenté de 2 points entre la génération 1989 et celle de 1995, une hausse liée pour l'essentiel à l'augmentation des bacheliers technologiques. C'est parmi les enfants de chefs d'entreprise et d'artisans-commerçants que la progression est la plus forte : la part de bacheliers augmente de 10 et 6 points dans ces populations. Une telle proportion peut s'expliquer par la transformation de ces deux professions : les chefs d'entreprise sont de plus en plus diplômés, et les artisans commerçants sont en déclin dans la population active, ce qui porte leurs enfants à accroître leurs exigences de diplômes, selon la DEPP. La part de bacheliers augmente également, mais à un degré moindre, parmi les enfants d'enseignants, d'employés de commerce ou de service.

À l'opposé, «les élèves originaires des milieux sociaux les plus défavorisés (employés de service, ouvriers non qualifiés, inactifs) voient leurs chances de devenir bacheliers se contracter, voire baisser sensiblement dans le cas des enfants d'employés de service», souligne la note. Ces disparités de réussite sont redoublées par l'orientation : les bons élèves de milieux sociaux défavorisés demandent moins souvent une orientation en lycée général ou technologique que les autres.

 

Cette étude ne fait qu'appuyer les préconisations du groupe de travail de l'Elan et les études récentes de l'OCDE : la France a trop longtemps délaissé le primaire au profit du secondaire. Or, c'est au primaire que l'essentiel se joue (choisir son cursus ou le subir, développer la mobilité sociale ou la diminuer).

 

Patrice HUIBAN.

 

 

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