Après l'autonomie des universités, l'autonomie dans le secondaire ?

Publié le par Patrice HUIBAN

Le Figaro.fr, le 09-06-2011.

L'UMP veut que les proviseurs recrutent leurs enseignants.

67ffb76c-92c8-11e0-997d-d90c8cee6068.jpgUn cours de Lettes au Lycée Ravel à Paris. Jusqu'à présent, les chefs d'établissement n'ont pas leur mot à dire sur les candidats à l'embauche. Crédits photo : THOMAS COEX/AFP 

 

Actuellement, l'affectation d'un professeur dépend de son ancienneté, de sa situation familiale ou de son lieu d'habitation. 

 

L'UMP a décidé de lancer un pavé dans la mare à l'approche des échéances électorales. Au risque de se mettre à dos les syndicats d'enseignants, elle annonce «la possibilité pour les directeurs d'établissements de recruter eux-mêmes leurs équipes pédagogiques». Ces propositions ont été faites par l'UMP lors d'une convention sur la «justice sociale» organisée mercredi et destinée à alimenter le débat politique en vue de la présidentielle.

Le recrutement des enseignants par leur chef d'établissement est déjà pratiqué dans l'enseignement privé et l'entourage du chef de l'État y voit certains avantages. «Dans le privé, une équipe adhère au projet d'établissement et se considère coresponsable de la réussite des élèves. Le professeur n'est pas uniquement là pour assurer ses cours. La majorité des enseignants du public s'investissent, mais l'institution ne les invite pas à adopter cette attitude», commente-t-on.

 

L'affectation actuelle d'un enseignant du public dépend d'un barème qui prend en compte, sous forme de points, son ancienneté, sa situation familiale, son concours, son lieu d'habitation, etc. Un établissement de centre-ville «vaut» ainsi particulièrement cher. Le proviseur n'a pas son mot à dire sur le candidat.

 

À l'inverse, dans l'enseignement catholique, les chefs d'établissement publient leurs offres de postes vacants et reçoivent les candidats un à un dans leur bureau lors d'un véritable entretien d'embauche, à condition qu'ils aient réussi un concours de professorat de l'éducation nationale validé par l'enseignement catholique. Le chef classe par ordre prioritaire les gens qui l'intéressent. «Nous avons en partie la main sur le recrutement, mais cela ne se fait pas sans règle», ­précise Catherine Leduc-Claire, déléguée générale du syndicat des chefs d'établissement du privé (SNCEEL). Un enseignant dont l'établissement vient de fermer sera par exemple prioritaire. «Cela permet toutefois d'avoir un type de profil adapté au projet d'établissement que l'on souhaite mener», poursuit-elle. Entre un lycée de centre-ville et un lycée de Seine-Saint-Denis, pour prendre deux cas extrêmes, les projets vont être différents en matière d'accompagnement scolaire.

 

«Déréglementation néolibérale»

 

L'enseignement catholique reconnaît toutefois que les établissements ne sont pas tous attractifs : certains reçoivent plus de vingt candidatures par poste, quand d'autres, en zone rurale et en banlieue, peinent parfois à recruter. «C'est un vrai problème, mais nous avons un ­garde-fou. Chaque enseignant doit remplir une fiche avec plusieurs vœux ce qui permet d'équilibrer les recrutements», affirme-t-on.

 

L'idée de l'UMP n'a pas manqué de soulever l'inquiétude des syndicats d'enseignants. Pour le Snalc, il s'agit d'une «déréglementation d'inspiration néolibérale et anglo-saxonne». Pour Philippe Tournier du syndicat des chefs d'établissement du public (SNPDEN), la question est «idéologique» : «Nous avons déjà une qualité homogène des enseignants grâce aux concours», affirme-t-il.

 

La proposition de l'UMP a déjà été testée cette année dans une centaine d'établissements scolaires en difficulté avec le programme Clair. Ce dernier augmente déjà le rôle des chefs d'établissement dans le recrutement de leurs professeurs, puisque ces derniers ont été recrutés «sur profil». Faudrait-il ouvrir ce nouveau type de recrutement à l'ensemble des établissements ou le cantonner à certains, à l'image du programme Clair ? Rien n'est tranché pour le moment, ni à l'UMP, ni à l'Élysée où l'on juge toutefois le débat «très intéressant».

 

Ces réflexions vont dans le sens de celles proposées par l'Elan Nouveau des Citoyens. En primaire comme dans le secondaire, le chef d'établissement doit devenir un maillon central du système afin de pouvoir animer son équipe et, dans le respect des programmes nationaux, adapter les actions pédagogiques aux réalités du contexte local. Ce regain d'initiatives pourrait, en retour, inspirer les mesures prises par l'administration centrale au regard des bonnes pratiques observées (animation d'une politique de retour d'expériences).

Cette autonomie accrue passe par une latitude plus importante laissée aux chefs d'établissement pour recruter, mais aussi par une évaluation régulière des résultats obtenus ainsi que par une plus grande implication des directions dans l'affectation et la gestion du budget de l'établissement.

 

Patrice HUIBAN.

 

 

Publié dans Réflexions

Commenter cet article