Dimanche 19 avril 2009

 

Les Echos, le 07 avril 2009. 


Les grandes Ecoles s'efforcent de démocratiser leurs recrutements.

Sept ans après l'initiative de l'Essec, les grandes écoles multiplient les initiatives pour tenter d'augmenter le nombre d'élèves issus des milieux peu favorisés.



Recruter de nouveaux talents, améliorer leur image ou plus prosaïquement tenter d'endiguer une baisse redoutée des inscriptions liée à la crise ou au recul de la démographie étudiante : les grandes écoles ne manquent pas de raisons d'ouvrir leur recrutement, trop élitiste, avec environ 60 % d'enfants de cadres ou d'enseignants. Depuis 2002, les initiatives fleurissent. Tour d'horizon.

· Le tutorat de lycéens de ZEP

C'est la formule la plus classique. Sur les traces de l'Essec, une quarantaine de grandes écoles " tutorent " des lycéens de ZEP, enclins à s'autocensurer face à ces formations élitistes. Environ 4.000 élèves sont déjà passés par ce programme : aujourd'hui, 19 % sont en prépa, 29 % à l'université, 12 % en IUT ou BTS et 35 % en grande école. " Leur parcours scolaire se passe bien ", constate Chantal Dardelet, responsable du programme à l'Essec. " Toutefois, il y a eu des abandons en prépa. Nous réfléchissons donc, avec les responsables de ces classes, au moyen d'adapter ces cursus. " D'où l'idée de développer du soutien scolaire pour ces jeunes de milieu modeste qui ne peuvent pas s'offrir des cours privés ou de revoir les modes de notation en prépa (dont les notes très basses) qui découragent ces non-initiés. " Il ne suffit pas de les amener en prépa, il faut les coacher pour qu'ils réussissent les concours, sinon nous ferons des générations d'aigris ", confirme-t-on au ministère de l'Enseignement supérieur, où l'on pousse les prépas à se démocratiser. Outre la " labellisation " de partenariats lycée-école (" les cordées de la réussite "), le ministère a imposé des " contingents " de boursiers en prépa (23 % en 2008, 25 % en 2009, 30 % en 2010).

· La réforme des concours d'entrée

Le sujet, longtemps tabou, est dans l'air du temps. Le commissaire à la Diversité, Yazid Sabeg, a proposé de revoir les épreuves des concours d'entrée dans les grandes écoles, en pondérant différemment les épreuves de culture générale et de français, qu'il juge socialement discriminantes. Et Sciences po, après avoir ouvert une brèche avec sa procédure réservée aux lycées ZEP, s'interroge sur l'existence même de son concours de première année, qui assure un recrutement peu diversifié socialement.

Pour les écoles qui recrutent après une prépa, la problématique est un peu différente. " La prépa lisse un peu le niveau : les élèves des milieux modestes obtiennent presque les mêmes notes aux concours ", constate Chantal Dardelet. A deux exceptions près : ils échouent davantage dans les meilleures écoles et sont moins performants dans les langues. L'Essec réfléchit donc à réformer cette épreuve.

Le ministère veut aussi encourager les prépas au sein des universités (quatre expérimentations à la rentrée) et les classes réservées aux bacheliers technologiques (une soixantaine en France).

· La gratuité

L'accès aux écoles reste onéreux, mais les établissements mettent aussi les bouchées doubles. Les " petites " écoles de commerce (Amiens, Chambéry...) ont été les premières à instaurer la gratuité des concours pour les boursiers. Résultat : jamais les inscriptions aux concours n'ont été si nombreuses. Reste la délicate question du financement de la scolarité. HEC vient de franchir un nouveau cap dans ce domaine (lire ci-dessus). A l'Essec, 35 % des élèves sont apprentis et 30 % bénéficient de bourses.

LAURENCE ALBERT, Les Echos.

Dans son projet, L'Elan a prôné à tous les niveaux scolaires le tutorat et les cours de soutien afin de réamorcer la pompe de l'ascenseur social républicain tout en maintenant des examens et concours identiques pour tous les citoyens.

                                                                                                                      Patrice HUIBAN.
Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Nouvelle récente
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