Journal local du Languedoc, 2 avril 2009.
Organisée en janvier dernier sous forme de cent questions à réponses courtes, l'évaluation des élèves
de CM2 est attaquée de toutes parts. Jugée inéquitable et inadaptée sur le fond, elle n'a pas convaincu l'ensemble des acteurs de l'école primaire. Et cela, malgré le fait d'avoir été présentée
comme un outil pédagogique censé enrichir l'enseignement du premier cycle. Côté résultats, avec 77 % de bons ou très bons élèves en français et 75 % en maths, contre 6 % de résultats insuffisants
en français et 13 % en maths, l'académie de Montpellier se place un ton au-dessus de la moyenne nationale. Mais une partie de l'opinion réfute ces statistiques qui, selon elle, ne reflèteraient
pas la réalité.
Alors que Jean-Louis Nembrini , directeur général de l'Enseignement scolaire, se félicite
d'avoir désormais un baromètre national commun à tous les élèves de CM2, les critiques fusent. Enseignants et parents d'élèves mettent notamment en cause les conditions dans lesquelles ont été
réalisés ces tests.
Pour Philippe Alberge, le secrétaire départemental de l'Hérault du syndicat d'enseignant UNSA, " ces évaluations ont été organisées
beaucoup trop tôt et elles étaient trop difficiles ". Elles ont en effet eu lieu en janvier, alors que plusieurs sujets n'avaient pas été abordés en classe par les enseignants. " Tirer
des conclusions scientifiques de ces évaluations n'est pas crédible. Certains collègues n'ont pas fait remonter les résultats. Les statistiques sont faussées ", insiste-t-il. Selon lui, près
de 30 % des évaluations ne sont pas arrivées jusqu'au ministère, tout simplement parce qu'elles n'ont pas été envoyées par les professeurs. D'après les chiffres de l'Education nationale, près de
150 000 copies sur 700 000 n'ont pas été comptabilisées, soit 22 % des tests.
Patrick Toledano, secrétaire académique de la Snuipp, déplore pour sa part la surreprésentation des écoles privées. " Pour l'échantillon témoin de ces tests, le rectorat a sélectionné cinq
écoles privées contre quinze écoles publiques, mais il n'y a pas 20 % d'élèves dans le privé " explique-t-il. Au niveau national, 11 % des écoliers sont dans un établissement privé.
Il évoque plusieurs autres dysfonctionnements. Par exemple, les élèves ont eu accès aux tests à l'avance via internet. D'autres ont préparé en classe les épreuves les plus dures avec l'aide de
leurs enseignants. " Autant dire que de nombreux éléments poussent à remettre en question la crédibilité de ces tests ".
Si la présidente de la PEEP pour l'Hérault, Isabelle Cayzac, craignait aussi le risque de bachotage, elle est pourtant moins sévère vis-à-vis de ces tests : " Le risque était que des enseignants
faussent la donne en accentuant les cours sur ce qui allait être demandé aux élèves. Mais, au final, les évaluations se sont déroulées dans les règles ". Justifiant le choix du mois de janvier,
elle estime que " le faire en milieu d'année est une excellente chose... Il aurait peut-être même fallu le faire plus tôt, de sorte que les équipes pédagogiques puissent faire des corrections sur
le programme prévu initialement ".
Enfin, sur le risque de créer un classement inter-écoles, elle précise : " Le but n'est pas de stigmatiser des établissements, mais bien de venir en aide aux élèves ".
Textes : Marion GRENES, Lucas BOURGEOT, Guillaume RIZZO.
Acteurs :
Roger Benvenuti
Retraité
Eric Borderie
Ingénieur dans les télécommunications
Jean-Jacques Ceroux
Sapeur pompier
Yannick Coudert
Ingénieur
Christophe Engrand
Libraire à la retraite
Vincent Gelé
Sapeur pompier
Patrice Huiban:
Officier supérieur de l'armée de Terre
Josette Labat :
Retraitée
François Le Vely :
Yann Loupp :
Professeur de Physique, organiste
Pierre Merlin :
Retraité
André Montagne :
Enseignant
Stéphane Reynaud :
Chef d'entreprise
Hugues Roussel :
Soutiens :
Jacqueline de Romilly, de l'Académie française
Héléniste de renommée internationale, première femme professeur au Collège de France, première femme à l’Académie des Inscriptions et des Belles Lettres, auteur de nombreux ouvrages sur l'enseignement.