L'enseignement de l'économie

Publié le par Patrice HUIBAN

Aude Sérès, le 15-01-08.

Les manuels scolaires
d'économie en accusation.

La représentation des mécanismes économiques dans les livres de cours des lycéens peut parfois surprendre, comme ici dans des ouvrages de l'éditeur Magnard (voir photos ci-dessous). (F. Chastan/Magnard).

Vision négative de l'entreprise, contenus peu ou pas contrôlés... les manuels d'économie vont faire l'objet d'un audit lancé par le ministre de l'Éducation nationale.

Déjà vive la polémique autour de l'enseignement de l'économie n'en finit pas de rebondir. Aussi Xavier Darcos a décidé de lancer début février un audit externe sur les manuels et les programmes d'économie au lycée. La commission sera présidée par Roger Guesnerie, titulaire de la chaire de théorie économique et organisation sociale au Collège de France.

La tension, relayée par le monde de l'entreprise, montait depuis quelque temps. Jusqu'au coup de sang récent de l'ex-premier ministre socialiste Michel Rocard, qui est allé jusqu'à qualifier de "catastrophe ambulante" l'enseignement de cette matière, qu'il rend "responsable du blocage du dialogue social dans notre pays". En cause, la vision négative du monde de l'entreprise qui serait véhiculée depuis des années par l'Éducation nationale. Édités par Nathan, Bordas, Magnard, Bréal ou encore Hatier, les manuels d'économie sont en principe le reflet du programme. Mais l'Éducation nationale n'impose pas de contraintes et ne peut de toute façon pas en contrôler le contenu. En son temps, Claude Allègre avait déjà tenté de s'attaquer à cette question.

"En réalité, les éditeurs ont intérêt à respecter le programme s'ils souhaitent que les manuels soient achetés", souligne Jean Étienne, doyen des inspecteurs généraux des sciences économiques et sociales. Par ailleurs, alors que la concurrence est grande sur ce marché, les éditeurs s'adaptent à ce qu'ils estiment être la demande des enseignants en matière de tonalité des contenus. Jean Étienne admet ainsi que "la microéconomie est sous-représentée dans les programmes". Pour preuve : en classe de seconde, avant même de parler du monde de l'entreprise, un ouvrage comme Magnard consacre une trentaine de pages à la précarité et au chômage. À peine évoquées en seconde, les relations sociales au sein de l'entreprise sont principalement développées en première puis en terminale. Mais le plus souvent étudiées à travers les conflits sociaux que les différents ouvrages valorisent pour faire évoluer le sort des salariés.

En outre, ces mêmes manuels reflètent une image assez étatique de l'économie. Pour Hatier, les pouvoirs publics doivent "remédier aux défaillances du marché". Soit près de 70 pages contre à peine une trentaine pour l'entreprise , quelques pages dans l'ouvrage de Magnard… Agrémenté de caricatures parfois savoureuses sur les patrons et les actionnaires. L'économie de marché n'est pas non plus épargnée. Éditeurs et enseignants se défendent : l'économie n'est pas une science exacte et les enseignants peuvent être les tenants de telle ou telle école de pensée.

Étude du marché... du tatouage

Autre exigence, le manuel doit être un outil pédagogique attrayant pour les élèves. Faut-il pour autant débuter l'année de première par un long dossier sur l'économie du... tatouage, comme Hatier, ou encore prendre l'exemple de la drogue comme marché organisé… "Les manuels scolaires ne sont qu'un des supports d'enseignement, explique Sylvain David, président de l'Association des professeurs de sciences économiques et sociales. Je travaille beaucoup sur des documents de l'Insee, mais aussi avec des articles d'actualité." Il estime passer du temps sur l'entreprise. De leur côté, les parents d'élèves s'étonnent. "Le professeur de ma fille lui a demandé de s'abonner à Alternatives économiques, un journal très critique vis-à-vis de l'économie de marché et du monde de la finance , alors même que son frère était lui aussi déjà abonné, elle a eu du mal à en être exemptée…", explique une mère d'une lycéenne de première.

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