La France bénéficie d’une relativement bonne démographie lui permettant de pratiquement assurer le renouvellement des générations et un fort taux d’accroissement de sa population. Toutefois, ce constat, pour qu’il soit une bonne nouvelle en soi, doit s’accompagner d’une formation efficace des jeunes. Sur ce principe, des pays d’Asie du sud-est ont pu concilier une forte croissance démographique avec un développement de l’économie et du niveau de vie grâce à un système scolaire transformant cette jeunesse en une main d’œuvre qualifiée et une population unie par des valeurs sociétales fortes. A l’inverse, dans des pays d’Afrique noire, la forte croissance démographique ne suffit pas à aider au développement en raison d’une Ecole insuffisamment performante.

L’Enseignement est ici entendu comme un processus permettant à l’enfant et à l’adolescent de se préparer à une vie professionnelle tout en évoluant au sein d’une collectivité dont il connaisse, comprenne et partage les valeurs.

L’avenir de la France à moyen et long termes est donc intimement lié à son système éducatif. Ce dernier doit non seulement qualifier tous les jeunes mais également perpétuer des valeurs communes prégnantes et un esprit critique gagés par une égalisation des chances au regard des avantages ou « handicaps » liés à l’environnement géographique, social et culturel de l’enfant.

Au regard de cet objectif, quelle est la situation de l’enseignement en France ? Pour tenter d’apporter quelques éléments de réponse, ce document met tout d’abord en lumière quelques chiffres clés qui démontrent une certaine crise de notre système éducatif. Ensuite, il essaie de définir plusieurs pistes de réformes issues de la réflexion personnelle des membres du groupe de travail, réflexion mûrie par l’expérience et les lectures variées de chacun.

Propositions de "L'Elan Nouveau des Citoyens"

Dimanche 2 décembre 2007

Site Silicon.fr le 05-11-07

R&D: La France veut combler son retard

Par Yves Grandmontagne

Les crédits consacrés à la Recherche progressent. Démonstrations et chiffres à l'appui, les intervenants du 3ème colloque Stic, réunis à la Villette le 5 novembre, démontrent tous les efforts consentis pour rendre à l'innovation ses lettres de noblesse

La France a décidé de ne plus être le parent pauvre de la recherche mondiale. La troisième édition du colloque STIC placée sous l'égide de l'ANR (Agence nationale de la recherche) a pour but de faire le point sur cette question.

Le malaise des chercheurs n'est pas très loin. Leur présence aurait sans doute permis de quantifier avec plus de justesse les avancées annoncées par les participants. Si Philippe Gillet, directeur de cabinet de la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche souligne l'importance de la création de l'ANR, il rappelle que les nouvelles technologies sont l' "une des cinq priorités du gouvernement ".

Doté d'un budget de 23,9 milliards d'euros selon les chiffres du ministère de tutelle, le budget dédié à la Recherche et à l'Enseignement supérieur se voit complété d'une rallonge de 320 millions d'euros accordés à plus de 500 projets. Le budget consacré aux Stic (Sciences et techniques de l'information et de la communication) devrait être augmenté de 120 millions d'euros. Une succession de chiffres qui illustre la volonté gouvernementale de faire progresser la recherche.

Promis, juré, il ne s'agira pas de déshabiller Pierre pour habiller Paul. Les organismes de recherche tels que l'Inserm ou l'Inria verront eux aussi leurs budgets respectifs progresser de 11%.

La recherche est bien au centre de toutes les préoccupations. Au coeur de la compétition mondiale, les innovations françaises et européennes sont confrontées à des concurrents internationaux aussi décidés.

L'Europe reste toutefois loin du compte. Les pays de l'Union consacre 1% de leur PIB en moyenne à l'innovation alors que les Etats-Unis y consacrent environ 2,5% de leur richesse nationale. Selon les Echos, le budget fédéral US pour l'année 2007, consacré à la recherche, devrait se situer aux alentour de 136,9 milliards de dollars dont plus de la moitié ira aux unités de recherche militaire.

L'Union européenne devrait attribuer à la recherche et à l'innovation un budget de 50,5 milliards d'euros, étalé sur une période allant de 2007 à 2013.

Ce colloque fournit aussi l'occasion aux acteurs du secteur de montrer les progrès à venir et l'approfondissement des relations entre acteurs des secteurs publics et privés. Un problème historique dans la recherche française. Alain Berthoz, neurophysiologiste, chercheur au CNRS et professeur au Collège de France, dévoile ainsi le lien grandissant qu'entretiennent les neurosciences et la réalité virtuelle. Analyser les sens humains, mieux comprendre les fonctionnalités du cerveau ou encore diminuer les attaques de paniques provoquées par l'agoraphobie, toutes ces actions sont rendues possibles par le recours à la réalité virtuelle.

Le travail de recherche se fait en collaboration avec des partenaires. "Par exemple, nous collaborons avec le CEA (Commissariat à l'énergie atomique) pour voir s'il est possible de substituer un sens par un autre par le biais de la réalité virtuelle", indique Alain Berthoz.

Les grands acteurs du secteur public ne sont pas absents de l'innovation. David Sanz, directeur de la branche innovation et recherche de la SNCF, relate tous les moyens mis en place par son entreprise pour créer des solutions innovantes. La SNCF planche ainsi sur des projets aussi diverses que la visite virtuelle d'une gare ou la géolocalisation. Cette dernière avancée offre des applications intéressantes pour les personnes à mobilité réduite, dont la prise en charge pourrait être accélérée grâce à cette solution.

David Sanz explique que sa société a également passé du temps à concevoir une solution de connexion Internet, susceptible de permettre aux usagers qui le souhaitent, de rester connectés tout au long de leur trajet, tunnels compris. Après plusieurs essais, connexions satellites et WiFi ont été choisies pour leur côté complémentaire.

 

 

Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Nouvelle récente
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Dimanche 2 décembre 2007

Site canadien Cyberpresse.ca le 07-11-07

Les limites de la dictée

Par Violaine Ballivy

La qualité du français des élèves est-elle directement liée au nombre de dictées données en classe? La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, semble le croire puisqu'elle vient d'annoncer son intention de la "revaloriser" dans les écoles. Les experts ne sont pas du même avis.

"C'est un coup d'épée dans l'eau", tranche Arlette Pilote, présidente de l'Association québécoise des professeurs de français (AQPF). "Les recherches prouvent que ce n'est pas parce qu'on fait passer plus de dictées aux élèves qu'ils feront moins de fautes. Même si on leur en donnait 600 par année, on n'arriverait à couvrir qu'une infime partie du vocabulaire et de la grammaire qui doivent être enseignés."

La dictée est avant tout un outil d'évaluation, pas d'apprentissage, rappelle Claude Simard, professeur au département d'études sur l'enseignement de l'Université Laval. "L'élève doit d'abord connaître les règles d'orthographe grammaticale et lexicale, sinon ce n'est rien de plus qu'un simple jeu de devinettes." La dictée ne sera rentable que si elle est accompagnée d'une réflexion poussée sur les erreurs commises, dit-il.

"La dictée permet d'évaluer la grammaire et l'orthographe, mais délaisse les connaissances syntaxiques et sémantiques. Elle doit être considérée comme un exercice parmi tant d'autres, pas comme le sauveur du français", ajoute Isabelle Carignan, professeure de didactique à l'Université de Sherbrooke.

Le français des élèves s'améliorerait davantage si l'on favorisait les exercices d'écriture et de lecture. "Il faut qu'ils rédigent très tôt des textes et se penchent tous les jours sur des activités de rédaction avec un soutien constant de l'enseignant", dit Claude Simard. En somme, pour devenir un bon scripteur, il vaut mieux s'exercer à écrire soi-même des textes plutôt que transcrire ceux des autres.

Pourquoi alors ressusciter la dictée? "Parce que la population y est très attachée et qu'elle est solidement ancrée dans la tradition scolaire des pays francophones. C'est une activité emblématique. Il n'y a pas d'autres peuples qui font des concours internationaux de langue", répond Claude Simard.

Le choc dans l'Hexagone

Il n'y a pas qu'au Québec que l'on s'inquiète de la piètre qualité du français dans les écoles. Cet automne, un rapport du Haut Conseil de l'éducation a semé la consternation en France en révélant que quatre écoliers sur 10 quittent le primaire avec de graves lacunes et entrent au secondaire en ne sachant pas assez bien lire, écrire ou calculer. "Un désastre", a titré le Nouvel Observateur. À l'instar de Michelle Courchesne, le ministre de l'Éducation de la France déposera donc un plan de redressement de l'enseignement du français dans les prochains semaines. Le nombre d'heures hebdomadaires consacrées à l'apprentissage de la grammaire, passé de 15 heures en 1969 à 9 heures en 2007, pourrait être revu à la hausse.

Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Nouvelle récente
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Lundi 15 octobre 2007

L’Elan lance une nouvelle action, alliant citoyenneté et environnement, dénommée : « Un arbre pour la Grèce ». Nous vous remercions d’aller visiter le site qui lui est consacrée en cliquant sur son image.

Par Raphael Anton - Publié dans : Nouvelle récente
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Dimanche 23 septembre 2007

Rapport de l'OCDE, septembre 2007.

Importance croissante des études universitaires

Les systèmes éducatifs continuent de s'étendre rapidement. C'est l'une des conclusions principales de l'étude intitulée "Regards sur l'éducation 2007" présentée le 18 septembre à Berlin par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

De plus en plus de personnes entreprennent des études universitaires à une certaine période de leur vie. En moyenne, cette règle s'applique à plus de la moitié des jeunes diplômés de l'enseignement secondaire dans les pays membres de l'OCDE. Il y a 40 ans, cela ne s'appliquait qu'à une seule personne sur 10.

Au cours de la dernière décennie, l'OCDE a remarqué que les inscriptions des étudiants dans l'enseignement supérieur avaient augmenté de 41%. Parallèlement, l'investissement consacré à ce domaine a plus que doublé. La réussite des étudiants dans une discipline dépend cependant fréquemment de la durée du programme: si le programme est court, il est beaucoup plus probable que les étudiants obtiennent leur diplôme. À titre d'exemple, les taux d'obtention de diplômes dans des universités traditionnelles ne dépassent pas les 20% en Autriche et en Allemagne, pays dans lesquels les programmes ont tendance à être plus étalés dans le temps. En revanche, plus de 40% des étudiants finnois, italiens ou polonais (entre autres) finissent leur cursus universitaire et décrochent leur diplôme.

Les craintes concernant un "effet d'éviction", selon lesquelles le grand nombre de diplômés provoquerait une augmentation du chômage chez les personnes moins qualifiées, semblent sans fondement. "Les signes d'une 'inflation' de la valeur des qualifications universitaires sur le marché du travail ne sont pas encore apparus", a déclaré le secrétaire général de l'OCDE Angel Gurría lors de la présentation. "Au contraire, dans certains des pays bénéficiant d'une croissance rapide du secteur universitaire, les bénéfices que représentent les diplômes universitaires en matière de salaires et d'emploi ne cessent d'augmenter."

Le développement de l'enseignement supérieur peut même favoriser les placements pour les jeunes non qualifiés, déclare l'OCDE: Le taux de réussite dans l'enseignement supérieur en France et en Irlande par exemple a augmenté rapidement entre 1995 et 2004. D'autre part, le taux de chômage au sein des groupes moins qualifiés a diminué ou est resté le même. La situation contraire a été observée en Allemagne, en République tchèque et en République slovaque. En effet, le nombre de personnes admises dans l'enseignement supérieur n'a pas augmenté, ou très peu. Parallèlement, on observe une augmentation du taux de chômage chez les personnes moins qualifiées.

Les taux d'emploi ont tout de même tendance à augmenter parallèlement au taux de réussite universitaire dans la plupart des pays de l'OCDE, lit-on dans l'étude. En outre, les personnes ayant obtenu un diplôme universitaire et effectué des études avancées dans le domaine de la recherche sont mieux payées: leurs salaires sont souvent 50% plus élevés que les personnes n'ayant jamais été à l'université.

Généralement, les jeunes préfèrent étudier des domaines tels que les sciences sociales, les affaires et le droit. Trois fois plus de jeunes étudiants détiennent un diplôme dans ces domaines que les adultes, et le domaine de l'ingénierie ne semble pas attirer l'attention de beaucoup d'étudiants. "Au Danemark, en Allemagne, en Hongrie et en Norvège, le nombre d'ingénieurs partant à la retraite sera bientôt plus élevé que le nombre de personnes intégrant le marché du travail", fait remarquer l'OCDE.

L'étude intitulée "Regards sur l'éducation" est publiée chaque année. Elle décrit et analyse les données en matière d'enseignement dans les pays membres de l'OCDE ainsi que pour un certain nombre d'économies partenaires. Les principaux domaines traités dans ce rapport concernent la participation à l'éducation et les résultats de l'enseignement, les dépenses publiques et privées pour l'éducation, le bilan de la formation tout au long de la vie et les conditions de travail des élèves et des enseignants. 19 des 30 pays membres de l'OCDE font également partie de l'Union européenne.

Rapport intitulé "Regards sur l'éducation 2007" publié par l'OCDE.

Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Nouvelle récente
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Dimanche 23 septembre 2007

Site la Revue républicaine, le 12 septembre 2007.

Xavier Darcos veut " faire de la France une nation bilingue "

Le ministre de l’Education Xavier Darcos a profité d’un déplacement à une école primaire mardi 11 septembre pour dévoiler à la presse un plan d’équipement de tels dispositifs visant à " soutenir l’enseignement précoce de l’anglais ", et in fine, " faire de la France une nation bilingue ". " Le Président de la République m’a donné comme mission de faire de la France une nation bilingue ", a-t-il expliqué lors d’une visite de l’école primaire Willy-Brandt à Elancourt, dans les Yvelines. Commune qualifiée de " ville pilote " en matière de techniques de l’information et de la communication à usage éducatif (TICE).

" Cette ambition implique de grands moyens : je prends donc l’engagement de lancer sur mille sites et d’ici la rentrée 2008 [un] dispositif de visioconférence pour soutenir l’enseignement précoce de l’anglais ", a-t-il indiqué. La sélection sera " sur la base du volontariat ", et les établissements choisis " devront présenter leur projet en partenariat avec les collectivités locales ", selon le ministre, sans apporter toutefois des précisions.

Le groupe de travail de l'Elan Nouveau des Citoyens n'est pas défavorable au renforcement de l'enseignement de l'anglais mais souligne dans ses travaux que le premier vecteur de socialisation pour les jeunes est la maîtrise du français écrit et parlé. Or, cet enseignement est en crise. C'est donc lui qui doit faire l'objet prioritairement d'une attention toute particulière.

Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Nouvelle récente
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Mardi 4 septembre 2007

Site Romandie.com, Genève, le 29-08-07

France: le socialiste Rocard sollicité pour une mission sur l'enseignement

PARIS - Le gouvernement français de droite a sollicité l'ex-Premier ministre socialiste Michel Rocard pour une mission sur l'enseignement, poursuivant une politique d'"ouverture" lancée par le président Nicolas Sarkozy après son élection en mai.

Le ministre de l'Education Xavier Darcos a choisi de placer "sous la haute autorité" de l'ex-Premier ministre socialiste le comité sur la revalorisation du métier d'enseignant, a annoncé mercredi le ministère.

Alors que le quotidien Le Monde soulignait le "symbole que constitue l'acceptation par M. Rocard de se porter caution de cette concertation promise par Nicolas Sarkozy lors de la campagne électorale", l'ancien Premier ministre a cependant rectifié, minimisant son rôle.

"Il ne s'agit pas d'une commission sous ma haute autorité", a-t-il déclaré à l'AFP, assurant qu'il en serait "un membre de base".

Il a indiqué qu'on avait fait appel à lui "parce qu'il fallait bien quelqu'un de l'opposition". "Nous sommes en démocratie, le pouvoir politique a une situation extrêmement dominante, au Parlement et dans l'appareil gouvernemental, ce qui renforce le besoin que l'action administrative soit informée des idées des syndicats, de la société civile et de l'opposition", a-t-il souligné.

Michel Rocard, 76 ans, député européen, a été le premier Premier ministre du second septennat du président François Mitterrand, de 1988 à 1991.

Cette personnalité social-démocrate avait qualifié lors de la campagne électorale pour la présidentielle M. Sarkozy de "danger public", et appelé à une alliance entre la candidate socialiste Ségolène Royal et le centriste François Bayrou.

M. Rocard, qui était marginalisé depuis de longues années au sein du Parti socialiste (PS), a récemment estimé que ce parti "n'est plus en situation de gouverner". Il avait été opéré cet été en Inde après une hémorragie cérébrale.

Affirmant son intention de pratiquer l'"ouverture" politique, M. Sarkozy a fait entrer dans le gouvernement après son élection le 6 mai plusieurs personnalités de gauche, dont le socialiste Bernard Kouchner au poste de ministre des Affaires étrangères.

Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Nouvelle récente
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Mardi 4 septembre 2007

Site du Monde le 30-08-07

Ecole : le défi démocratique

Voici bientôt vingt ans que la loi de 1989, bien connue pour son intention de conduire "80 % d'une classe d'âge au baccalauréat", institutionnalisait la seconde explosion scolaire, entamée dès 1985 par la création des bacs professionnels. En quelques années, la proportion de bacheliers parmi les jeunes d'une même génération est passée d'un tiers à plus de deux tiers.


Ainsi, le second cycle de l'enseignement secondaire est-il devenu l'expérience ordinaire de toutes les jeunesses, y compris la jeunesse populaire, qu'elle devienne bachelière ou non. Cette politique a produit une véritable révolution scolaire et sociale, rarement nommée comme telle dans le débat public.

Les travaux sociologiques qui analysent cette révolution prennent une nette distance avec les alarmistes qui dénoncent la crise des valeurs, la baisse du niveau ou la violence à l'école. Pourtant, tant du point de vue des groupes les plus fragiles du monde populaire que de celui des relations à l'école, le tableau de la démocratisation scolaire est éloigné de l'enthousiasme propre aux années 1980.

Pour les enfants de milieu populaire, en effet, la scolarisation n'a lieu ni dans les meilleurs lycées ni dans les filières d'excellence. Après le bac, l'université, démunie face à l'afflux d'étudiants, ne peut que retarder l'échec de ces élèves moins bien formés. Si certains obtiennent tout de même un diplôme, sa valeur s'avère faible sur le marché du travail, le chômage aiguisant la compétition entre diplômés.

Dans son 80 % au bac... et après ? Les enfants de la démocratisation scolaire (La Découverte, 2002), Stéphane Beaud a montré comment l'école a transformé les aspirations de ces enfants des quartiers relégués, leur donnant le désir d'exercer un métier dans le secteur tertiaire. Si, finalement, ils doivent épouser la condition ouvrière de leurs parents, c'est à contrecoeur et en s'efforçant de tenir cette identité à distance. Au passage, la relève politique ou syndicale du monde populaire se fait attendre indéfiniment.

Les relations à l'école déçoivent, elles aussi, les espoirs des promoteurs de la deuxième expansion scolaire. Non parce que les nouveaux élèves seraient d'incorrigibles "sauvageons", mais parce que l'école exerce désormais sur eux une emprise paradoxale : en devenant plus accessible, l'enseignement secondaire apparaît aussi plus décisif pour l'insertion professionnelle. Tant que l'école jouait un rôle limité dans les destins sociaux et qu'elle prétendait simplement former les citoyens, les élèves ne considéraient pas l'inégalité des résultats ou des orientations comme une injustice.

Maintenant qu'elle fournit les armes indispensables à la compétition sociale, le rapport de ces adolescents à l'école a changé : ils n'acceptent plus la sélection qu'ils subissent et s'efforcent de résister à l'ordre. Les relations entre professeurs et élèves se sont dégradées, les uns s'épuisant à dispenser des enseignements dont ils savent l'inadéquation tandis que les seconds en contestent la légitimité.

Certains nostalgiques regrettent l'école bien hiérarchisée d'hier ; leurs déplorations ont beaucoup d'écho dans les médias. Beaucoup d'enseignants, eux, fidèles à leurs idéaux émancipateurs, ressentent un certain découragement devant les nouvelles conditions d'exercice de leur métier, jusqu'à désespérer, parfois, du collège unique.

C'est en économiste spécialiste de l'éducation et du marché du travail qu'Eric Maurin reprend les thèses qui ont cours dans ce débat politique et intellectuel. Armé de la conviction que les faits peuvent invalider les fausses théories, Maurin livre ici un ouvrage accessible aux non-spécialistes. Il y synthétise les résultats d'un champ de recherche, l'économie empirique de l'éducation, courant qui part de l'analyse méticuleuse des faits et soumet les théories à une vérification quasi expérimentale. Il y fait preuve d'optimisme et voit le verre de la démocratisation scolaire plein aux deux tiers.

Aux "élitistes" qui abandonneraient le collège unique sous prétexte des conflits dont il est le théâtre, Eric Maurin rappelle la démonstration de diverses expériences étrangères. En France comme ailleurs, le collège unique a rempli sa promesse de réduire les inégalités sociales. A moyen terme, on observe une véritable augmentation des salaires des générations bénéficiaires du collège unique, effet propre de la démocratisation scolaire.

Aux "malthusiens" qui affirment que cette amélioration s'est produite au détriment des exclus scolaires et que l'allongement des études est au fond un simple remaniement de la file d'attente vers l'emploi, l'auteur rétorque point par point. Toute chose égale par ailleurs, l'insertion professionnelle des générations bénéficiaires fut plus aisée que celle de leurs aînés, et la situation dégradée des plus faibles est avant tout imputable à la hausse du coût du travail. Il est faux que les diplômes se soient dévalorisés, puisque les écarts avec les années 1970 sont l'effet de situations d'emploi différentes. Sans les nouveaux diplômés, l'économie française se porterait plus mal encore. Les nouvelles générations pâtissent surtout du coup d'arrêt donné à la politique de démocratisation scolaire.

Que faire pour résoudre les indéniables difficultés d'aujourd'hui ? Il faut reprendre l'effort de démocratisation et lutter contre l'échec des étudiants les plus modestes dans le premier cycle universitaire. A l'étranger, des programmes de soutien intensif ont fait la preuve de leur efficacité.

Sûrement, suggère prudemment Maurin, faudrait-il aussi revoir l'orientation actuelle des bacheliers, absurde puisqu'elle dirige les étudiants les moins bien formés vers les filières générales très peu sélectives. On pourrait par exemple rééquilibrer les capacités de sélection et les obligations d'accueil des différentes filières.

Mais la solution n'est pas celle de ces conservateurs, déguisés en modernistes, qui affirment les bienfaits de la concurrence entre des établissements autonomes et du libre choix de l'école par les parents. A ceux-là, Maurin oppose que les expériences américaine ou anglaise n'ont pas amélioré les performances scolaires, tout en amoindrissant sensiblement le bien-être matériel et psychologique des élèves. Fausse route donc, à moins que, comme le Pangloss de Voltaire, l'on fasse mine de croire que "les malheurs particuliers font le bien général, de sorte que plus il y a de malheurs particuliers, plus tout est bien".

Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Nouvelle récente
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Mardi 4 septembre 2007

Site du Monde le 30-08-07

La grande peur du "naufrage"

Si l'on ne cesse de se demander quel monde nous allons laisser à nos enfants, une autre interrogation force son chemin : à quels enfants allons-nous laisser le monde ? Cette inquiétude est au coeur du volume d'entretiens tirés de l'émission "Répliques" qu'anime Alain Finkielkraut sur France-Culture, recueil consacré au "naufrage" de l'institution scolaire.


Parmi les seize personnalités invitées à débattre des causes du malaise, l'essayiste compte ici de nombreux alliés, d'accord avec lui, et surtout avec Hannah Arendt, pour assigner à l'éducation une fonction essentiellement "conservatrice", sa vocation consistant, comme le rappelle Philippe Raynaud, à "assurer la permanence du monde" et à expliquer aux enfants qu'ils ne l'ont pas créé.

FOLKLORE ADOLESCENT

D'autres, à l'instar de la sociologue Dominique Pasquier, relèvent l'échec d'une idéologie qui, à force de réconcilier l'école avec la vie, aurait conduit à rendre les armes face à un folklore adolescent enclin à mépriser la culture humaniste et ses objets, à commencer par le livre.

Entre la dérive de l'enseignement élémentaire et la massification ratée du secondaire (Fanny Capel), le diagnostic d'une crise profonde de la transmission des connaissances est cependant unanime, le conflit portant d'abord sur les moyens d'y remédier. Si Bruno Mattéi, qui enseigne dans un IUFM, suggère de remplacer la compétition par une émulation coopérative, et si François Dubet estime qu'on court à l'échec à vouloir transformer la salle de classe en sanctuaire, Finkielkraut reste convaincu, avec Luc Ferry, que l'école se meurt d'avoir misé sur l'épanouissement des élèves plutôt que sur leur instruction. Là-dessus, l'essayiste, qui intervient beaucoup, ne cède pas un pouce de terrain. Mais se refuser à affranchir les enfants de la tutelle des maîtres et des oeuvres, de façon à ne pas les livrer pieds et poings liés à la tyrannie de la culture marchande, est-ce vraiment soutenir une position conservatrice ? Comme il le souligne, être enseigné, c'est aussi "une délivrance", le bonheur d'un "devenir autre". Dans l'oubli de ce principe réside à ses yeux, hier comme aujourd'hui, "notre faillite la plus grave".

Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Nouvelle récente
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Jeudi 30 août 2007

Le JDD.fr, le 27-08-07

Mauvaise note pour l'enseignement

Par Mélanie RODDIER

Un système éducatif déficient. Voilà le constat cinglant que fait le Haut Conseil de l'Education, présidé par Bruno Racine. Son rapport annuel a été déposé lundi en milieu d'après-midi sur le bureau de Nicolas Sarkozy. Principal "conseil": centrer les efforts sur la maternelle et le primaire car tout se joue dans les premières années de la scolarisation.

Le HCE estime que la responsabilité de la maternelle dans l’échec scolaire ne peut plus être éludée.

C'est un piètre bilan que celui présenté par le Haut Conseil de l'Education. Pour son rapport annuel, le HCE brosse un tableau peu gratifiant de l'école française et prend à revers l'idée reçue selon laquelle les écoles primaires sont de meilleures qualités que les collèges et lycées. Alors que la plupart des actions publiques se portent majoritairement sur le collège, le document estime que la responsabilité de la maternelle et du primaire dans l'échec scolaire est considérable.

"L'école primaire [...] semble adaptée aux quelques 60 % des élèves qu'elle prépare correctement à la poursuite des études. Elle paraît en revanche s'être résignée à l'échec des élèves qui accumulent les insuffisances, et elle se révèle globalement incapable de mettre en place un soutien et un rattrapage efficaces", explique le texte. Mieux vaut donc être un bon élève car l'école primaire, qui accueille 5,7 millions d'enfants, se révèle incapable d'assumer les écoliers en difficultés, souvent issus de milieux défavorisés.

Le HCE n'apporte aucune solution

"Chaque année quatre écoliers sur dix, soit environ 300 000 élèves, sortent du CM2 avec de graves lacunes", peut-on lire dès l'introduction. 60% des élèves en école primaire ont des résultats "acceptables ou satisfaisants", 25% "ont des acquis fragiles" et 15% "connaissent des difficultés sévères ou très sévères". Les chiffres sont alarmants et le rapport dans sa globalité ne va pas manquer de délier les langues parmi ceux qui sont amèrement convaincus de la faillite de l'école mais aussi du côté des enseignants et des syndicats, comme le SNUipp-FSU qui reproche au rapport de "noircir le tableau" tout en avouant qu'"il est urgent d'agir".

Si la classe professorale en prend pour son grade, les ministères n'ont pas été épargnés. Le HCE a souligné que "trop souvent les ministères se sont bornés à faire de la maternelle une variable d'ajustement sans politique ambitieuse et sans formation spécifique des enseignants". L'organisme consultatif casse ainsi le mythe de la maternelle française, souvent perçue comme un modèle éducatif. D'ailleurs, le HCE rappelle que dans les enquêtes internationales le niveau scolaire de la France a tendance à baisser.

Sur 26 pages, aucune solution n'est toutefois évoquée. L'instance consultative plante le décor, au gouvernement désormais de mettre en scène des propositions concrètes. Nicolas Sarkozy a "enregistré très favorablement la proposition du Haut conseil de l'éducation que le sport fasse partie du socle commun de connaissances et de compétences" tel qu'il est défini par la loi Fillon, selon le porte-parole de l'Elysée, David Martinon. Par ailleurs, le ministre de l'Education, Xavier Darcos, a d'ores et déjà assuré qu'il se servirait du texte comme base de travail en vue de prochaines réformes...

Ce rapport, qui met l'accent sur la nécessité de porter nos efforts sur le primaire, ne fait que confirmer les conclusions des réflexions menées par le groupe de travail Jeunesse de l'Elan Nouveau des Citoyens sur le thème de l'Enseignement.

Patrice HUIBAN.

Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Nouvelle récente
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Dimanche 19 août 2007

Site du quotidien Libération le 15-08-07.

Universités en faillite Le débat sur l’autonomie de l’enseignement supérieur à la lumière de l’expérience britannique. Par Jean-Luc De MEULEMEESTER, professeur à l’Université libre de Bruxelles, et Claude DIEBOLT, directeur de recherches au CNRS.

 Le secret est désormais levé. Le quotidien The Guardian, début juillet (1), a annoncé la terrible nouvelle en première page : quarante-six institutions d’enseignement supérieur anglais seraient au bord de la banqueroute, principalement des anciennes Polytechnics (des institutions d’enseignement supérieur assimilées aux universités en 1992). Cette situation en Angleterre illustre une des conséquences possibles de l’autonomisation des universités. Les récents débats sur le futur de l’université française et singulièrement les cris d’orfraie entendus à l’occasion des propositions de réforme du gouvernement Sarkozy ne peuvent que laisser songeur un observateur averti de ce qui se passe ailleurs en Europe dans le monde académique. Aujourd’hui, en effet, ce dernier n’est plus à l’abri de la concurrence et du danger. Il est de moins en moins un secteur protégé et se voit de plus confronté à la dure réalité du marché. La Grande-Bretagne est à ce niveau un exemple topique, qui illustre comment un modèle européen (financement largement public des universités, emploi à vie des professeurs) se transforme peu à peu en un modèle de marché. L’Angleterre est pourtant notre futur possible ! Dès sa venue au pouvoir, Margaret Thatcher a réduit considérablement le financement par tête de l’enseignement supérieur (dès 1981) mais en laissant les universités désormais libres de faire payer le prix plein des études aux étudiants étrangers d’outre-mer. Par là, elle a induit un nouveau mode de comportement, plus "marketing", au sein des universités en quête de moyens. Face à la réduction de ceux-ci, les grandes universités ont essayé de lancer un nouveau mode de partage des fonds de recherche fondé sur la qualité. Très rapidement ce système a été récupéré par l’Etat qui a ainsi trouvé l’occasion de mettre en pratique une réelle concurrence entre universités via le Research Assessment Exercise (RAE). Dès 1988, suite à l’Education Act, elle supprime l’emploi à vie des professeurs d’université. En 1992, les Polytechnics sont assimilées aux universités et peuvent elles aussi rivaliser avec les universités traditionnelles pour les fonds rares de recherche (au sein du RAE). Ainsi, c’est un univers de concurrence qui s’instilla peu à peu dans un univers académique jusque-là préservé — même si cette concurrence était en fait sous le contrôle de l’Etat. Dans la longue durée on peut interpréter cette politique comme une lente préparation à l’ouverture d’un réel marché. On a utilisé la procédure d’évaluation de la recherche avec ­sélectivité pour concentrer celles-ci sur quelques établissements réellement de niveau mondial. Parallèlement cependant, les universités anglaises ont dû faire face dans les années 90 à la concurrence croissante des universités anglophones du reste du monde, principalement les américaines bien mieux dotées, plus aptes à attirer les meilleurs étudiants du monde et les meilleurs professeurs. En parallèle, le gouvernement britannique a souhaité accroître la participation à l’enseignement supérieur (surtout depuis 1997 avec Tony Blair qui s’est fixé un taux de participation de 50 % d’une classe d’âge accédant à l’enseignement supérieur). Les contraintes tant d’enseignement (garder une qualité élevée malgré des nombres croissants d’étudiants) que de recherches (de plus en plus coûteuses) ont fait lentement mais sûrement pesé un poids de plus en plus lourd sur les universités anglaises. Le besoin de financement a conduit à un débat où l’argument selon lequel les bénéfices de l’enseignement supérieur vont d’abord à ceux qui poursuivent ces études a dominé. Les frais d’inscription ont donc (sous la houlette de l’Etat) été élevés d’abord à 1 000 livres (1 500 euros) , puis bientôt 3 000 livres il y a quelques années. Ce ne fut pas suffisant pour un certain nombre d’institutions qui font face à une menace de banqueroute. Les grands établissements quant à eux, se sentant brimés par le contrôle étatique tatillon (RAE, Teaching Quality Assessment), regardant avec envie le succès de leurs sœurs américaines, ont peu à peu désiré une indépendance qui ne pourrait venir que de la privatisation. On n’en est pas encore là, mais la limite des frais d’inscription à 3 000 livres va être levée. London School of Economics, Imperial College, Oxford, Cambridge risquent bien de demander des frais de l’ordre de 10 000 livres (15 000 euros) après 2010. On risque bien de voir émerger d’ici à deux-trois ans à quelques heures de Paris et de Bruxelles des établissements de type américain, des global players avec une recherche et un enseignement du type de celui de Harvard et Yale. On imagine la pression que cela va exercer sur le modèle français et européen plus largement. A l’autre bout de la chaîne, les établissements petits ou peu prestigieux, car faibles en recherche (parmi lesquels de nombreux Polytechnics) risquent la banqueroute financière et la disparition. Cela va conduire à une concentration des activités académiques en Angleterre sur un petit nombre d’institutions d’élite. C’est toute la politique de démocratisation des années d’après-guerre (marquées par la création de nombreux nouveaux établissements dans des régions périphériques pour faciliter l’accès à l’enseignement supérieur de couches peu privilégiées) qui est remise en cause. L’élitisme est de retour. Bref, ce qui vient, c’est la concentration sur des centres d’excellence mondiale, des mouvements de fusion-acquisition comme dans le reste de l’économie, des professeurs évalués de façon permanente et rigoureuse en termes de leur output de recherche et des étudiants payant des dizaines de milliers d’euros par an pour des études de qualité mondiale. Face à ces changements quasi inévitables en France, vu l’évolution anglaise (comment penser en effet que les élites françaises ne vont pas envoyer leurs enfants dans un tel système à deux heures de Paris), les débats actuels en France et les craintes par rapport à des changements cosmétiques apparaissent risibles. C’est à une vraie révolution académique que l’on assiste, une américanisation du modèle européen. Et ce mouvement a été en fait voulu. L’Europe a trop mis l’accent sur un modèle d’économie de la connaissance à l’américaine pour ne pas chercher à en copier un des ingrédients majeurs : la création d’un réseau d’université d’élite de poids mondial. (1) The Guardian daté du samedi 7 juillet

 

Par Patrice HUIBAN - Publié dans : Nouvelle récente
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